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Tracey Emin, Exploration of the Soul, 1994

Tracey Emin choque les plus conservateurs par la dimension exhibitionniste de son travail, la façon dont elle « donne en spectacle » son intimité à travers une autofiction sans concession qu’une certaine froideur empêche de tomber dans le mélo ou le tragique. Ses vidéos, photographies, installations, couvertures brodées, néons, croquis ou journaux intimes, évoquent des expériences sentimentales et sexuelles vécues (viol, avortement, angoisse de mourir sans enfant). Dans Exploration of the Soul, l’artiste raconte des épisodes importants de sa vie en juxtaposant des instantanés verbaux et en présentant 2 photos au centre de ces pages d’écriture : les portraits d’elle et de son frère jumeau Paul, enfants, posant successivement sur le même capot de voiture.

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Valérie Donzelli, La guerre est déclarée, 100′, 2011

Dans ce film qui mêle fiction et autobiographie, le contexte hospitalier est montré avec réalisme. Certains soignants jouent leur propre rôle tout comme les acteurs principaux (la réalisatrice et son ancien compagnon) sont bien les parents qui ont « déclaré la guerre » au cancer diagnostiqué à leur tout jeune fils il y a quelques années. Cette situation vécue aurait pu donner lieu à un film tragique mais, au contraire, ses protagonistes débordant d’énergie y démontrent comment on peut contrer la mort avec humour et fantaisie.

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Valérie Mréjen, Valvert, film documentaire, 52′, 2009

Ce film s’intègre dans le programme des « Nouveaux commanditaires » mis en place par la Fondation de France. A la demande de quatre membres du personnel de l’hôpital psychiatrique marseillais Valvert, le Bureau des Compétences et Désirs à Marseille, a ainsi mandaté l’artiste Valérie Mréjen pour réaliser un film documentaire sur cette institution qui fonctionne sur le principe du dialogue, de la libre circulation et expression des patients. Ce mode de traitement basé sur le relationnel, le langage, se devait d’être enregistré pour être mieux compris par les nouveaux soignants arrivants. La vidéaste, qui est aussi romancière et plasticienne, a donc suivi le quotidien des différents types d’employés et des malades, révélant combien, « dans un lieu comme celui-là, où la violence et l’abattement sont souvent d’une intensité extrême, le sens de la dérision est présent et permet souvent de tenir le coup ». Des scènes d’entretiens ou des prises de parole impromptues, très frontales, y alternent avec des plans d’observation plus en retrait.

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Antoni Abad, Megafone.net, depuis 2003

L’artiste Antoni Abad a fondé en 2003 le site Megafone, plateforme rendant compte des projets qu’il mène à travers le monde pour « amplifier les voix des individus et des groupes qui sont souvent négligées ou déformées dans les médias ». Le concept est donc celui de la prise de parole d’une communauté à travers l’utilisation de téléphones portables. Ceux-ci leur permettent de prendre facilement des clichés, ou enregistrements audios, et de les poster en ligne. Ainsi, des taxis mexicains, migrants au Nicaragua, jeunes réfugiés sahariens, personnes à mobilité réduite barcelonaises, ou travailleuses du sexe madrilènes, rendent compte, de manière sensible, engagée ou parfois naïve, des situations auxquelles ils font face.

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Richard Bigué, Traverses ou le Mégaphone Géant,  Marseille, 2011

Projet collectif s’appuyant sur la spécificité des Quartiers Nord de Marseille, « Traverses ou le Mégaphone Géant » est une architecture-sculpture en forme de porte-voix surdimensionné. A travers ce lieu, c’est un moyen d’expression tout autant qu’un espace de création, que des associations artistiques et des acteurs sociaux marseillais ont souhaité offrir aux populations de ces cités. L’objectif est ambitieux, à la fois urbanistique, artistique et social : croiser les points de vue pour dépasser les préjugés, effacer les stigmates, redynamiser un territoire et l’ouvrir au reste de Marseille et de l’Europe.

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Kader Attia, La colonne sans fin, 2008, mégaphones, dimensions variables – exposition « The Future of a Promise« , Venise, 2011

L’adaptation contemporaine de la colonne abstraite de Brancusi par Kader Attia  peut être considérée comme un monument à la gloire de la démocratie. Les portes-voix renvoyés dos à dos ou face à face, à l’image des manifestants et forces de l’ordre qui s’en servent comme moyen de communication ou de répression, sont dans un mutisme paradoxal en comparaison aux célébrations de 2008 autour de Mai 68 ou au traitement médiatique des révolutions arabes de 2011.

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Constantin Brâncuşi, ensemble monumental de Târgu Jiu, 1937

En 1935, la Ligue nationale des femmes du Gorj, en Roumanie, commande à Constantin Brâncuşi un ensemble monumental près de son village natal afin de commémorer les héros de la patrie tombés pendant la première Guerre mondiale. Reprenant des motifs qui lui sont familiers, l’artiste répartit harmonieusement trois œuvres sur un long axe d’environ un kilomètre de long : la « Table du silence » près de la rivière, puis à l’orée d’un parc, la « Porte du baiser » et enfin sur une place circulaire, la « Colonne sans fin ». Ce trajet rituel, destiné à évoquer les moments essentiels de la vie, modifie la notion de monument en mettant en avant la relation que les sculptures entretiennent les unes avec les autres, avec leur environnement et le corps du spectateur.

La Table du silence, vers 1938, Epreuve gélatino-argentique, 24 x 29,8 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

La Table du silence, vers 1938, Epreuve gélatino-argentique, 24 x 29,8 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

La Porte du Baiser, 1938 Epreuve gélatino-argentique, 17,9 x 23,9 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

La Porte du Baiser, 1938, Epreuve gélatino-argentique, 17,9 x 23,9 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

La Colonne sans fin à Târgu Jiu, vers 1938, Epreuve gélatino-argentique, 24 x 18 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

La Colonne sans fin à Târgu Jiu, vers 1938, Epreuve gélatino-argentique, 24 x 18 cm Photographie de l'artiste, Legs Constantin Brancusi 1957 © Adagp, Paris

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Robert Filliou, COMMEMOR, montages photographiques, 1970

En juillet 1970, à l’occasion d’une exposition à Aix-la-Chapelle, Robert Filliou propose dans le cadre de sa « Contribution à l’art de la paix » un échange de monuments aux morts entre des pays autrefois ennemis. Le biographe Pierre Tilman nous informe que Filliou pensait ce projet réalisable : « Il rêvait d’hélicoptères qui auraient transporté les monuments d’un pays à l’autre, volant par dessus les frontières, soulevant les fantômes de la mort et de la haine pour un échange de vie entre gens d’aujourd’hui » (Pierre Tilman, Robert Filliou. Nationalité poète, Les Presses du réel, Dijon, 2006)

« PROCLAMATION D’INTENTION
En vue de :
- sceller par un seul acte puissant la réconciliation européenne
- créer un précédent qui s’étendra un jour à tous les continents
- honorer véritablement la mémoire des victimes des Guerres Mondiales du XX ème siècle
- rappeler aux générations futures la futilité et l’obscénité meurtrière de tous les nationalismes
- accomplir le jumelage définitif villes d’Europe et de ses villages
- transformer le style pompier et revanchard que nous a légué l’histoire en une expression neuve et généreuse de notre destin

IL EST SOLENNELLEMENT PROPOSE AUX PEUPLES EUROPÉENS D’ECHANGER LEURS MONUMENTS AUX MORTS RESPECTIFS

A cet effet, la création d’une COMmission Mixte d’Echange de Monuments aux Morts (COMMEMOR) est suggérée, dont les activités s’accompagneront d’un recueillement sobre et de nobles réjouissances

QUANT AUX PAYS QUI, DE NOS JOURS, SONGENT A LA GUERRE, ILS POURRAIENT ECHANGER LEURS MONUMENTS AUX MORTS AVANT ET AU LIEU DE SE LA FAIRE [...] »

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Cyprien Gaillard, Le canard de Beaugrenelle, bronze, béton, 200 x 150 x 200 cm,2008 – exposition à la Nouvelle Nationale Galerie , Berlin, 5ème biennale de Berlin, 2008

Extrait du quartier en pleine restructuration de Beaugrenelle à Paris où des tours ont été édifiées dans les années 1970, cet imposant canard en bronze, archétype des sculptures de l’art public de cette période, est implanté sur la terrasse de la Neue Nationalgalerie, joyau de Mies van der Rohe construit à Berlin-Ouest en 1968.
Commentaire amer sur les succès et les échecs des utopies modernistes, le Canard de Beaugrenelle devient en particulier le symbole des idéaux ruinés des projets d’habitats sociaux des années 1960 et 1970 et et de la politique artistique dans les espaces publics.

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Elisa Larvego, Huerfano’s faces, série photographique et filmique, 2010-2011

Projet à la fois photographique et filmique, « Huerfano’s faces » porte sur des communautés hippies installées depuis la fin des années 1960 dans les montagnes du sud du Colorado, et dont les idéaux partent peu à peu en poussière, au même rythme que leur population décroît et que les habitations abandonnées tombent en ruine. Les portraits des habitants dans ou devant les maisons qu’ils ont généralement construits eux-mêmes avec des budgets dérisoires, en reprenant parfois les formes géodésiques prônées dans « Operating Manual For Spaceship Earth » de Buckminster Fuller, répondent aux photographies des architectures fantomatiques.

Diane and Robert’s ancient dome, Triple A, Colorado 2010

Diane and Robert’s ancient dome, Triple A, Colorado 2010

George Parrish and his cat in front of his house, Triple A, Colorado 2010

George Parrish and his cat in front of his house, Triple A, Colorado 2010

Sybilla Wallenborn on her deck, Libre, Colorado 2010

Sybilla Wallenborn on her deck, Libre, Colorado 2010

Dawn & Dewitt’s ancient house, Triple A, Colorado 2010

Dawn & Dewitt’s ancient house, Triple A, Colorado 2010

George Parrish in his house, Tiple A, Colorado 2010

George Parrish in his house, Tiple A, Colorado 2010

Tony and Lene’s ruin, Triple A, Colorado 2010

Tony and Lene’s ruin, Triple A, Colorado 2010